Accueil du site > Infos équitables > Deux ans après sa création, Le Douanier Vert fait le point.

Deux ans après sa création, Le Douanier Vert fait le point.

Portrait/Zoom

Un entretien avec Tayeb Belbouab, responsable de la structure.

Vous êtes un professionnel des formalités douanières et du fret international. Ardent défenseur de l’agriculture biologique, vous avez décidé, il y a deux ans de créer Le Douanier Vert et de mettre vos compétences au service du commerce équitable. Comment s’est effectué ce glissement ?

Entre 1978 et 1990, j’ai exercé le métier de déclarant en douane chez un des plus gros importateurs parisiens de la rue du Temple, dans le 3èmearrondissement. Il contrôlait près d’une dizaine d’entreprises. Cette expérience a été très enrichissante : une excellente école sur le plan professionnel, ancrée dans la logique économique de la rentabilité maximale, à des années lumières des échanges solidaires.

Au début des années 90, à l’époque où l’Union Européenne (U.E.) a supplanté la Communauté Economique Européenne (C.E.E.), j’ai été licencié. L’E.U. étant fondée sur les principes de la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes au sein d’un marché unique, mon poste n’avait donc plus de raison d’être ! J’ai rebondi assez facilement en reprenant la gérance d’une coopérative de consommateurs de produits biologiques, située dans le 20ème arrondissement. Puis, avec un noyau dur de militants, j’ai créé la première supérette de produits biologiques et équitables en Ile-de-France, sous l’enseigne « Le Douanier Vert », rebaptisée, par la suite « Les Nouveaux Robinsons ».

Ces deux expériences ont été déterminantes. Elles m’ont permis de développer des compétences professionnelles complémentaires, de découvrir deux logiques économiques, mais surtout de rencontrer des hommes et des femmes convaincus qu’il était non seulement possible mais nécessaire d’inscrire des valeurs éthiques et solidaires au cœur des échanges commerciaux. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer Le Douanier Vert sous sa forme actuelle.

Concrètement, que veut dire être un spécialiste des formalités douanières et du fret international ?

Cela signifie maîtriser la chaîne logistique de tous les moyens de transports en amont et en aval, et surtout avoir une bonne connaissance de l’outil douanier pour le mettre au service de la compétitivité et du développement économique des entreprises.

Pourquoi avez-vous décidé de vous adresser exclusivement aux acteurs du commerce équitable ?

Parce que je voulais mettre mon savoir-faire professionnel uniquement au service de structures inscrites dans une démarche éthique et solidaire.

Les importateurs du commerce équitable sont concurrencés de façon assez déloyale par les importateurs du secteur conventionnel. Alors que la majorité des importateurs payent à 90 jours, la plupart des importateurs du secteur équitable préfinancent une partie, voire la totalité de leurs commandes. L’objectif est d’éviter aux producteurs ou aux artisans de rentrer dans la spirale infernale du surendettement. Il faut toujours garder à l’esprit que ces derniers sont très vulnérables, et que seules des relations commerciales sur le long terme peuvent être vecteur d’amélioration sociale. D’autre part, les formalités douanières sont à la fois très techniques et très consommatrices de temps, et de nombreuses entreprises les sous-traitent. Or, les tarifs sont généralement élevés. Les structures du commerce équitable ont donc particulièrement besoin d’être aidées dans ce domaine.

En utilisant des dispositifs mis en place par l’administration des douanes tel que le Crédit d’Enlèvement, Le Douanier Vert leur permet de différer le paiement des droits et taxes à 30 ou 55 jours. Cela offre aux structures du commerce équitable un véritable ballon d’oxygène pour faire face à cette contrainte économique très handicapante. Le Douanier Vert apporte également aux structures adhérentes de nombreux conseils, mutualise certains services et organise aussi des formations.

Près de 35 structures font appel à vos services, certaines très régulièrement, d’autres plus ponctuellement. Pourquoi ?

Cela dépend surtout de l’organisation commerciale et du circuit de diffusion des produits de chaque structure, lesquels, dans ce domaine sont très disparates.

Les structures adhérentes au Douanier Vert sont très majoritairement dirigées par des femmes. Pourquoi d’après vous ?

Elles représentent 80 % des structures adhérentes ! Contrairement à leurs homologues masculins, je pense qu’elles sont à la fois plus pragmatiques et plus humbles. Personne ne peut exceller dans tous les domaines. Elles préfèrent donc confier ce volet de leur importation à quelqu’un dont c’est le métier, et avoir ainsi davantage de temps à consacrer aux tâches qui les intéressent ou qu’elles maîtrisent beaucoup mieux, telles que la mise au point des produits, leur commercialisation, la communication...

Quels sont les domaines d’activités représentés ?

Ils sont très variés : l’artisanat, le textile, les produits cosmétiques, les bijoux en métaux précieux. C’est ce qui rend mon travail très intéressant.

Le transport est indissociable du commerce. Il est aussi la zone d’ombre du commerce équitable. Pourquoi ?

Globalement, s’il est aérien, il pèche du côté environnemental ; s’il est maritime, il pèche du côté social. Les impacts environnementaux du transport sont connus du grand public lorsqu’ils sont importants, visibles et qu’ils détruisent le paysage. Ils sont alors médiatisés. Je pense, par exemples, aux marées noires. Les choses sont beaucoup plus compliquées lorsqu’il s’agit de remises en questions profondes de nos modèles économiques : le transport routier est une aberration écologique ; le transport aérien, grand absent du Protocole de Kyoto, et l’absence d’études disponibles sur son impact environnemental en disent long sur le sujet... Sur le plan social, les problèmes sont différents. A l’exception des compagnies à « bas prix », le transport aérien est socialement plus transparent ; le transport maritime est très opaque. Un travail de fond doit indiscutablement être mené dans le secteur des transports maritimes pour améliorer les conditions de travail des marins. Je recommande chaudement la lecture d’un ouvrage de référence dans ce domaine, écrit par François Lille et Raphaël Baumier, « Transport maritime, danger public et bien mondial » aux éditions Charles Léopold Mayer.

Les structures du commerce équitable sont donc toujours tiraillées entre transport aérien ou maritime. Le volume des ventes et l’urgence des livraisons dictent donc souvent le choix du transport. Une mutualisation des moyens dans ce domaine serait une avancée très bénéfique, mais incontestablement complexe à mettre en place.

Vous proposez néanmoins à vos adhérents de s’acquitter d’une taxe proportionnelle aux émissions de gaz à effet de serre induits par le transport de leur marchandise, la CO2 Solidaire. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Oui. Sur le principe d’une démarche volontaire, il est proposé aux adhérents de procéder à une compensation des émissions des gaz à effet de serre en s’acquittant d’une taxe. Le montant de cette taxe est reversé au GERESqui finance des projets de développements au Cambodge, au Maroc, en Afghanistan et en Inde (Himalaya)

Près d’une dizaine de structures ont décidé de s’acquitter de cette taxe, renforçant ainsi leur engagement écologique

Vous travaillez actuellement sur une éventuelle mise en place d’une taxe de compensation sociale et solidaire ?

Oui. De nombreux acteurs du commerce équitable souhaiteraient avoir davantage la main sur le transport local de leur marchandise, c’est à dire entre la zone de production et l’aéroport ou le port. Notre structure n’est pas encore assez forte pour peser sur les différents opérateurs, situés en amont, mais à terme, elle aimerait se développer à travers des partenariats locaux pour améliorer la visibilité et la qualité sociale et environnementale des transports dans les pays producteurs.

Le Douanier Vert souhaiterait également pouvoir exercer une influence sur les compagnies aériennes et maritimes et sur les transporteurs routiers pour les mettre face à leurs Responsabilités Sociales et Environnementales. La compensation Sociale Solidaire à laquelle je réfléchis pourrait être un outil de financement qui permettrait d’auditer des compagnies de transport et la chaîne logistique du fret international.

Le principe est largement inspiré de la compensation carbone pour les émissions de G.E.S. Il consiste à quantifier la différence entre les salaires actuellement pratiqués par les compagnies et les salaires que revendiquent les syndicats des marins. Cette différence rapportée au kilogramme transporté serait versée par l’importateur sous la forme d’une contribution.

Comment une structure devient-elle adhérente au Douanier Vert ? Y a-t-il un cahier des charges à respecter ?

Il n’y a pas de cahier des charges. En revanche, nous nous attachons à connaître et à bien comprendre la logique du parcours de chaque entrepreneur. Le dédouanement est un poste d’observation très intéressant puisque nous voyons passer les factures d’achats et connaissons les prix de vente. Avec ces données nous pouvons aisément avoir une idée de la qualité et du niveau d’exigence des engagements des adhérents.

Quel avenir pour le Douanier Vert ?

Nous avons mené une enquête auprès de nos adhérents. A notre grande joie, le taux de satisfaction est très élevé. Beaucoup d’entre eux aimeraient que Le Douanier Vert puisse élargir son offre de services. Nous sommes actuellement en train d’étudier la chose. Nous aimerions, par exemple, créer une S.C.I.C.(Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Les adhérents seraient alors partie prenante par l’acquisition de parts sociales, ce qui permettrait au Douanier Vert d’être un agent de fret et de négocier avec les Compagnies les tarifs de transport. Un tel développement permettrait aussi d’offrir des emplois dans le bassin parisien.


        | | Firefox 2 | Plan du site | Suivre la vie du site | Admin | SPIP | squelette |